Publié le 30 Juin 2011

Eloignés de la magie

 

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La lumière s’éteint, la magie va nous prendre à nouveau, seulement voilà, deux d’entre eux forment couple et s’installent dans notre rangée à quelques fauteuils seulement. La pénombre, les films annonces. Le festival commence. Leur festival.
Notre couple est du genre TF1, chat sur les genoux, chien sur la moquette, infusion bouillante dans les mains. Déjà l’homme a enlevé une pompe, la droite, celle de notre côté et il a reposé le pied sur le dossier du fauteuil devant. Il gratte le gros orteil à travers le synthétique de sa chaussette, sans doute une mycose en progression.
Notre couple aime le commentaire, il est de ceux qui écoutent attentivement le reporter des rencontres sportives en léchant de la glace congelée sur bâtonnet, il est de ceux qui donnent sans cesse leur avis entre deux coups de langue.
Notre couple commente tout et tout le temps. Parfois à haute voix, parfois en chuchotant. Chaque moment du développement de l’histoire, il commente, chaque frisson, chaque émotion.
Notre couple n’aime pas les films, il aime parler du film pendant le film. En général, il ne comprend rien car il ne suit rien de l’action, il la devance, il la réécrit à mesure des minutes qui passent.
Notre couple vit le film de l’intérieur de sa psychose.
Notre couple n’aime pas le cinéma, il aime la salle de cinéma, ses fauteuils et les gens dedans.
Notre couple n’aime pas le générique de fin, il aime regarder les gens quitter la salle et commenter leur sortie comme d’autres le patinage artistique. Alors, il reste là, assis à contempler le flot sortant avant de remettre ses chaussures.
Notre couple ne se parle pas en dehors des commentaires qu’il fait sur la vie des autres, au cinéma comme dans la réalité. C’est sa réalité.

Il est vrai que notre couple n’est pas celui de Bogart et Bergman. Ce couple mythique qui s’aima à Casablanca et qui traversera toujours l’écran pour nous toucher de son éternité.
Il est vrai aussi qu’en 1942, les People s’appelaient Star et que les spectateurs les admiraient pour leur éclat sans pareil.

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Quand nous serons grands, nous éliminerons en série ces spectateurs parasites, inutiles à la nuit artificielle. Leurs corps morts seront entassés à Cannes, France, sur les marches du Grand Palais aux premiers jours de mai, en offrande aux Dieux du Septième Art.

 

JPT / les mots écrits de Jonas D.

© 2007

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Rédigé par Jonas Doinint

Publié dans #Regards vers

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