Terminus

Publié le 20 Novembre 2015

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C'est une gare, pendant la mauvaise saison et le froid règne derrière la vitre du wagon.

La journée et ses lumières sont au passé.

Le vaisseau de fer s'immobilise sur ses rails.

C'est un terminus.

Et un commencement.

Elle est là dans son manteau d'automne.

Sur le quai.

Elle avait écrit :  « J'aurai un manteau rouge et mes bras vous attendront, croisés sur le sombre de la nuit. »

Sa peau ébène donne à ses yeux dimension d'horizon.

Il avait écrit : « J 'aurai une écharpe rouge et mes yeux chercheront le cri de vos yeux. »

Chez lui, à Haiphong le rouge est toujours de mise.

Une lueur pâle sur elle la rend irréelle, pourtant cet instant est le sien.

Elle se sait au bon endroit, au bon moment.

Elle attend.

Elle l'attend.

Il descend sur le quai, se mêle aux rares humains en mouvement.

Vers elle.

Tous semblent s'avancer vers elle, mais seul lui est attendu d'elle.

Un instant il doute.

En vain.

Sa nonchalance tout en maîtrise retarde la rencontre, lui impose un temps suspendu, illustré par l'image d'elle en devenir.

Elle est dans ses pas, elle est dans ses yeux, elle est dans le souffle frais de novembre.

Il pourrait courir le monde avec cette vision idéale d'elle.

Mais le temps s'égrène et met un terme à la chose.

Bientôt, au terme de l'escalier mécanique, flanqué de son écharpe vermeille, il rejoint le manteau au rouge pareil.

Au sommet du manteau un visage de femme sourit largement.

Pour lui.

Ses lèvres découvrent les dents parfaites, alignées avec le soin qu'on porte à dresser une muraille de craie.

Un bras saisit celui de l'autre.

Un regard saisit celui de l'autre.

Un instant se fige dans le noir de cette gare en automne.

A présent son bagage et lui sont emportés vers le logis d'elle.

Et ce logis est un pays loin du chaos du monde.

Là, dans cet univers clos, dans ce havre, parmi la ouate des sentiments, ils s'aimeront à perdre la raison.

 

 

*

 

 

© JPT / les mots écrits de Jonas D.

illustration empruntée à la toile :

http://magalianb.com/blog/

 

Rédigé par Jonas D.

Publié dans #Etreintes

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Esclarmonde 24/11/2015 16:12

Souvent tristes en apparence, les gares peuvent abriter des bonheurs infinis.... Merci Jonas

Jonas D. 25/11/2015 10:47

Les gares ne sont pas si tristes, elle génère pour toutes et pour tous le voyage, donc le mouvement, donc la vie. Merci Esclarmonde. Jonas

MD 21/11/2015 05:29

Un manteau rouge d'automne, une écharpe rouge, rouge passion à en perdre la raison. Ce novembre est rouge, complètement. Mais tant qu'il y aura des Jonas sur les quais de gare, le clap de fin n'aura pas lieu ;-)

Jonas D. 23/11/2015 17:33

Voilà un commentaire qui me touche beaucoup. Merci MD, je cache le clap autant que je peux. Bises. Jonas

almanito 20/11/2015 20:51

Belle séquence, j'aime ce film et j'entends à la fin la chanson de Ferrat

Jonas D. 23/11/2015 17:32

Merci honorable cinéphile de l'avoir suivi (le film) jusqu'au générique de fin. Jonas

Dan 20/11/2015 11:58

Le décor de l'amour n'entame jamais la vigueur des sentiments. Aujourd'hui la Bretagne est grise brassée par les vents et embrumée d'un petit crachin...mais c'est le jour où ma compagne et moi avons choisi pour nous pacser. Alors le décor est radieux et la vie est belle. Amitiés Dan

Jonas D. 23/11/2015 17:31

Je suis très heureux pour vous deux. Félicitations. C'est un engagement, une concrétisation. Soyez heureux mille ans. Amitiés. Jonas

Nathanaël 20/11/2015 10:48

A en perdre... Ou a trouver leur raison d'être.
Mais je joue sur les mots, les tiens m'ont emporté sur le quai de leur rencontre. Au ralenti.
Je n'ai plus qu'à aller préparer ma valise et ...Mince je n'ai pas d'écharpe rouge !
Bonjour mon ami Jonas l'aiguilleur.

Jonas D. 23/11/2015 17:29

J'ai. L'écharpe qu'il te faut. Ah, les quais de gare, il s'y passe tant de choses, tant de vies se croisent et s'éloignent. Pour le coup, ceux-ci se rapprochent. Merci Nathanaël. Le chef de gare.

JD 20/11/2015 10:16

et ils auront bien raison.

Jonas D. 23/11/2015 17:27

Pourvu qu'ils la retrouve tout de même... Merci JD. Jonas